Le chien dans l'histoire du Nord-Togo

Le chien dans l'histoire chez les Kabiyé du Nord-Togo. "Nombreux sont les paysans kabiyé qui élèvent actuellement des chiens et en font le commerce tant sur les marchés extérieurs qu’intérieurs. Jadis, quand la montagne était couverte de forêts, la chasse jouait un rôle très important sur le plan économique et il y a lieu de penser qu’au temps de son implantation dans la région, il y a plusieurs siècles, le Kabiyé était principalement un chasseur et secondairement un cultivateur.

 

Le chien y était alors l’indispensable compagnon de l’homme qu’il suivait à la chasse. Avec le déboisement progressif des collines, l’activité agricole a pris peu à peu le pas sur l’activité cynégétique, et le Kabiyé est à l’heure actuelle avant tout un agriculteur. La chasse est devenue une activité marginale, la viande du gibier, une nourriture d’appoint et le chien, le gardien du foyer domestique.

Ces transformations de l’économie devaient être sommairement évoquées pour comprendre l’importance que tient le chien tant dans la mythologie que dans le rituel initiatique..."

"Le chien dans le rituel initiatique

C’est par l’intermédiaire de la chasse et du chien que s’est accompli le passage de l’enfance de l’humanité (âge d’or) à l’âge de notre humanité présente ; de même, c’est par l’intermédiaire de la chasse et du chien que s’effectue le passage de l’enfance à l’adolescence dans la vie humaine.

La mort à l’enfance marque l’avènement de la condition de chasseur ; le rituel d’initiation des adolescents de 15 à 18 ans est centré sur la chasse et le chien : le garçon nouveau-né efalo va devoir apprendre à chasser et manger pendant trois ans du chien.

À chaque garçon initié, il faut un chien ; la mort d’un chien est la condition et le signe d’une nouvelle naissance. Il incombe à l’oncle maternel de se procurer un chien pour que l’initiation de son neveu puisse avoir lieu ; s’il n’en a pas les moyens et si le père ne peut l’aider, l’initiation du garçon sera reportée à l’année suivante.

Capturé en janvier, l’enfant est tatoué et fait une retraite de case de six jours ; un poulet est sacrifié sur l’autel de son wayitu, « la pâte des larmes » est consommée, et l’on immole un bélier sur l’autel familial.
   
Quand la retraite prend fin, le garçon se rend en brousse en compagnie des autres initiés et c’est alors la tuerie des chiens : chaque efalo doit étrangler le chien qui lui a été destiné ; l’animal ne peut être égorgé, il doit être étouffé par strangulation. Après l’hécatombe, les initiés, tenant leur animal par le cou à bout de bras, se rendent en dansant au marché et à partir de ce moment, leur nouvelle condition est connue de tous. Puis ils se rendent à l’écart du village au milieu des rochers pour manger le chien ; on brûle ses poils, on le dépèce et on enterre ses intestins, on fait cuire sa chair dans une marmite spécialement consacrée à cet usage et on grille enfin les morceaux au feu.

Ce repas est la marque même de l’initiation qui se dit : efalo tohsu, « faire manger l’efalo ». L’initié est alors considéré comme impur ; il ne pourra rentrer au village qu’après s’être lavé au marigot. Durant les trois ans de l’initiation où il va manger du chien, il doit s’abstenir de tout rapport sexuel.

Hayisu, littéralement « faire trouver le chien », désigne la course de fond qui précède la première grande chasse en février. L’efalo gagnant sera l’arbitre de la chasse en cas de contestation.

À la saison des pluies, en juillet, les efala vont devoir lutter entre eux, d’abord par quartier, puis par village, enfin entre villages du même canton ; le corps jadis enduit de la graisse de chien, les lutteurs, torse nu, s’affrontent un à un : il faut renverser l’adversaire et le plaquer, le dos contre terre ; le vainqueur n’est pas nécessairement le plus fort mais le plus habile et rusé.

Les efala lutteront encore les deux années suivantes avec leurs camarades de promotion jusqu’à leur entrée dans la classe supérieure, celle des sangayin, les purifiés. Ils cesseront désormais de manger le chien : l’interdit sexuel est alors levé.

Conclusion

Ainsi le chien se trouve lié à la mort au double plan de la création et de l’initiation."

Référence papier
Raymond Verdier, « Note sur le canicide chez les Kabiyé du Nord-Togo », Systèmes de pensée en Afrique noire, 1 | 1975, 129-136.

Référence électronique
Raymond Verdier, « Note sur le canicide chez les Kabiyé du Nord-Togo », Systèmes de pensée en Afrique noire [En ligne], 1 | 1975, mis en ligne le 08 juillet 2013, consulté le 12 janvier 2016. URL : http://span.revues.org/215 ; DOI : 10.4000/span.215

12/01/2016


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