L'incroyable fidélité du chien ?

Mon chien, une fidelité a toute épreuve ?

Il n'y a pas si longtemps, le philosophe Michel de Certeau assimilait le monde des "tenants du savoir" à des propriétaires terriens entourant d'un filet à mailles "leurs terre", comprenez "leur savoir", tandis que le monde des consommateurs de savoir s'immisçait, lui, à travers les mailles pour aller y braconner. Cela reviendrait-il à opposer des braconniers à des "sachant" ? Est-ce à dire que le chien irait braconner sur les "terres" des vertus humaines ? À moins que ce soit le Sapines moderne qui créditerait son chien d'une vertu, la fidélité, afin de se rassurer dans ce monde d'infidélités multiples qu'il se donne tant de mal à fabriquer.

C'est que les Sapiens que nous sommes, on ne badine pas avec la fidélité ! Nous retrouvons cette mention dans nos textes fondateurs les plus anciens: philosophes grecs, guerriers de tous bords, seigneurs exigeant la fidélité de leurs soumis, la fidélité des uns flattant la puissance des autres. les passeurs de toutes religions ne sont pas en reste: ne conduisent-ils pas leurs fidèles vers un paradis qui leur est essentiellement réservé, à la condition expresse qu'ils ne sortent pas du rang... des fidèles justement.
Impossible de se satisfaire du fait que la fidélité ne trouve ses lettres de noblesse que dans un bon vieux temps passé car, si les écrits anciens révèlent bien l'existence de la fidélité aux lois, aux idées et aux personnes, ne révèlent-ils pas, également, l'existence d'une fidélité contrainte: "Où tu deviens mon fidèle où je te passe au fil de mon épée !" La fidélité nous aurait-elle conduits à la jalousie ?

Le philosophe Michel Onfray sépare radicalement fidélité et jalousie qui, elle, est la prise de possession du partenaire. La fidélité l'est à soi-même, expose-t-il, ce qui lui fait prêcher l'hédonisme dans lequel le plaisir est roi mais attention, nuance-t-il, le plaisir cesse d'être un plaisir s'il débouche sur un trouble ou sur du déplaisir.

En d'autres mots, si la fidélité fonctionne comme un mythe, elle est à décortiquer afin de la séparer de la chimère ou du conte pour illuminés. Dans ces conditions peut-on affirmer que le chien soit "fidèle"? Est-il fidèle à..." ou est-il "le fidèle de..."?

En décrétant "mon chien est fidèle ?" est-on dans le mythe ou dans le plaisir ? Question troublante. Mon chien est fidèle. Il est mon chien et non le chien des voisins, ce qui lui ajoute un plus à sa fidélité, car il est évident pour chaque propriétaire de chien, que le canidé qui trottine à ses côtés s'est bonifié au contact de sa vie commune avec ses sapiens de compagnie !

En conséquence, s'il témoigne de la fidélité à SON Humain de compagnie, cela ne peut qu'être le résultat de toute son affection particulière, de toute cette attention formatrice, de toute cette attention formatrice que son maître humain a su lui témoigner. Voici le chien devenu le disciple discipliné de son Sapiens !
N'aurions nous pas laissés sur le bord de la route le fait que le chien, est par nature, grégaire et non solitaire . Qu'en fait il s'agit d'attachement. Cela a-t-il vraiment quelque chose à voir avec la vertu que nous nommons "fidélité" ?

À ce propos, il est curieux que dans nos temps présents, nos Co contemporains d'ici ou d'ailleurs, soient devenus des zappeurs en même temps qu'ils ont développé, parallèlement, la commercialisation intensive des "cartes de fidélité". La fidélité n'est donc plus une vertu exigée mais elle aurait muté, comme un gène commun, en une vertu socialement correcte, basée sur l'engagement. En somme, un échange de bonnes manières installant un message bien connu "si vous vous engagez à revenir acheter chez moi, je vous consentirai un bonus". Même si la remise est modeste, l'acte d'acheter s'est humanisé dès que l'on y fait intervenir une preuve de fidélité.

Et le chien que son humain de compagnie gratifie du label "fidèle", qu'en pense-t-il ? rien d'audible puisque ni son cerveau ni son appareil locuteur ne sont capables de former la parole.
De la parole grammaticale non, mais du sens, oui. Intégré à sa meute d'humains, la seule qui lui ait été désignée par sa mère-chien, il va, dans la vie et dans la ville, le nez collé à l'odeur de son humain de compagnie. Une posture, soit dite en passant, qui évoque la fidélité. Mais qu'en est-il dans la réalité ? En fait, son instinct lui dicte la bonne conduite: ne pas perdre sa place de "remarquer", de "distinguer" par le "chef de meute", la place "devenu presque légal" du dominant. (Le terme de dominant dans la relation homme-chien, n'engage que l'auteur)

Il nous semble bien, à nous, que l'environnement manque un peu d'arbres, de ruisseaux, de bestioles à courser, mais le chien citadin le sait-il ? Pas certain ! Ce qu'il sait, par contre est très concret: son environnement urbain regorge de savoureuses croquettes, de peluches à jouer et d'objets qui peuvent servir d'arbres. Alors pour le chien s'entendre qualifier de "fidèle ne serait-ce qu'un peu de musique qui le fait frétiller de la queue ?

Et si nous nous tournions vers le maître en nous demandant pourquoi ce besoin existe-t-il d'attacher le mot "fidélité", si lourd de sous-entendus, au cou de son chien ? Serait-il flatté de s'entendre autoproclamer "digne" de fidélisation" ? Serait-il devenu éclatant de prestige en s'attribuant le label fidélisable, surtout devant ses interlocuteurs ?...

Et si tout simplement, la fidélité affirmée à haute voix ne révélait qu'un sens caché plus humain, qu'un écho des temps premiers où tout était en danger ? Quelque chose comme une inversion de la problématique du seigneur.
Une voix "off" qui signifierait:
"je me sens si seul et si friable sans toi, mon chien, ne me quitte pas !"

Source Odette Eylat Cynophilie Française n°148


Origine des races de chiens
Les tiques et le chien
La morsure du chien


Thèmes

dressage à la rochelle