Anxiété de séparation chez le chien

Anxiete de separation du chien

L'anxiété de séparation est un trouble du comportement défini par l'homme mais est une souffrance pour le chien. L'anxiété de séparation du chien n'est pas une pathologie comportementale de celui-ci, mais une conséquence d'un mauvais apprentissage humain. Car la cause principale de cette anxiété de séparation chez le chien prend sa source dans le lien d'attachement qui nous unit et qui nous permet d'obtenir tous les comportements que l'on souhaite de sa part. Définition: "État de peur généralisée à des causes non déclenchantes et résultant de la désorganisation des systèmes d'autorégulation". L'autorégulation étant "un processus d'association, de comparaison entre les informations reçues de l'extérieur et un support cognitif." P.Pageat. Il s'agit en résumé "de la perte de l'adaptabilité et la fixité d'un état de peur." JF. Larue

Les conséquences directes sont des destructions, aboiements... pendant l'absence du ou des propriétaires. Dans la majorité des cas, les maîtres sont persuadés que le chien cherche à se venger et que son seul but est de les ennuyer. Il n'en est rien, car ces troubles sont la manifestation de l'anxiété intense de l'animal en l'absence de ses maîtres. Cette angoisse peut également se traduire par des auto-mutilations.

L'attachement du chien est une notion définitivement admise par l'ensemble de la communauté des éthologues, psychiatres et psychologues, bâtie sur la base des modèles animaux. Pour mémoire, l'imprégnation démontrée par K. Lorenz en fut le point de départ. Peu à peu, l'attachement notion beaucoup plus vaste, s'est décanté désignant un lien d'affection spécifique d'un individu à un autre ou à un ensemble d'individus. Une fois formé, l'attachement a pour nature de durer, il n'est pas relatif comme la dépendance aux exigences d'une situation. Il n'implique pas une immaturité. Il suppose une structure neurophysiologique, la tendance originelle et permanente à rechercher la relation à autrui. L'attachement est un phénomène primaire au sens éthologique du terme à opposer aux phénomènes d'apprentissage. Il se développe indépendamment de tout besoin physiologique, sa fonction est sociale. Rien ne peut remplacer le besoin de contact et la présence proche; il est générateur d'émotions, de bien-être et de sécurité. Le chien fait partie des espèces privilégiées chez lesquelles se développe l'attachement; c'est vraisemblablement une des multiples raisons pour lesquelles il est devenu le plus fidèle ami de l'homme, en y ajoutant la somme insoupçonnable de modulations qui ont façonné sa phylogenèse au cours des 12000 ans de vie commune avec les hommes. JF Larue.

Qu'est-ce que l'anxiété de séparation chez le chien ?

De nombreuses réponses comportementales et physiologiques sont analogues chez l’homme et chez l’animal; chez l’homme elles apparaissent dans des états qualifiés d’anxieux ; on peut alors supposer que les animaux présentant ce type de symptômes se trouvent dans les mêmes états. De plus, ces états, que ce soit chez l’homme ou chez l’animal, sont modulés de la même façon par les drogues et produisent des changements neurophysiologiques et neurochimiques identiques ; d’ailleurs, les animaux servent de modèles pour expérimenter des drogues ayant pour but d’agir sur l’anxiété humaine ; les effets de ces drogues observés sur l’animal tendent à faire penser que ces agents luttent chez l’animal contre un état similaire à l’état anxieux chez l’homme ; ces effets peuvent être en partie expliqués par la présence, chez les animaux comme chez l’homme, de récepteurs aux benzodiazépines. Rien ne permet, toutefois, d’affirmer que l’anxiété vécue par l’homme et celle vécue par l’animal sont homologues. Leurs différences s’ancrent essentiellement dans le rôle du langage, attribut exclusif de l’homme, et dans le rôle que la perception du futur joue dans l’anxiété ; la seule appréhension qu’un animal (dépourvu du langage) peut avoir du futur provient de son expérience du passé ; au contraire, l’homme, possédant le langage et la pensée symbolique, peut anticiper le futur sans que cela provienne directement d’une expérience antérieure; le langage joue, de fait, un rôle important dans la médiation de l’anxiété et de la souffrance, les mots pouvant participer à l’expression d’une émotion.

En outre, le langage permet l’analyse du sentiment émotionnel et de la conscience qu’a l’homme de ses émotions. Chez l’animal, nous ne pouvons qu’identifier et apprécier les expressions comportementales et les manifestations neurobiochimiques des émotions et de l’anxiété. Sur le plan cognitif, l’homme anxieux s’organise autour de la crainte erronée d’une catastrophe psychique, somatique ou sociale qui serait imminente (Beck). De plus, chez l’homme, les émotions, comme l’anxiété, sont, en partie, régies par des règles socioculturelles qui en modulent l’expression et la nature. Les schémas cognitifs élaborés au cours des expériences passées et réactivées par la situation actuelle représentent des systèmes de croyances et de pensée dont le patient anxieux n’évalue pas l’importance dans ses comportements, d’autant qu’il appréhende la situation comme péjorative et incontrôlable. Afin de définir l’anxiété, dont on admet l’existence chez l’animal, nous allons schématiser l’évolution des réactions physiologiques et pathologiques d’un animal face à un stimulus nouveau.

L'anxiété de séparation des chiens : fonctionnement

Face à un nouveau stimulus, l’animal réagit soit en s’approchant de ce stimulus, soit en l’évitant; ce comportement est influencé par la durée d’exposition au stimulus nouveau, sa soudaineté, son intensité et l’expérience de l’individu ; ainsi que le décrivent Scott et Fuller, les chiots, auront tendance à s’approcher progressivement d’un individu ou d’un objet placé près d’eux, à le sentir puis, une fois cette exploration pratiquée, ils émettent des postures de jeu. Parfois, le jeune comme l’adulte sera confronté à un stimulus perçu comme dangereux ; sa première réaction aura alors plutôt tendance à être une réaction d’évitement (éloignement ou « freezing »), réaction d’alerte qui s’estompe si l’animal peut explorer le stimulus et se rendre compte de son innocuité. Ce phénomène, facilité par un contact régulier avec le stimulus, ne peut avoir lieu que si l’animal est en mesure de pratiquer l’exploration, et conduira à une meilleure connaissance de la dangerosité du stimulus exploré.
La réaction de l’animal vis-à-vis d’une exposition ultérieure sera fonction de son expérience, c’est-à-dire des informations recueillies sur le stimulus au cours de la première exposition : c’est ainsi que la réponse d’alerte à un stimulus non familier, mais n’ayant aucune conséquence négative, finit par disparaître après plusieurs expositions à ce stimulus, sans qu’apparaisse la réaction émotionnelle; ce phénomène, permis par l’absence d’un quelconque renforcement, est appelé habituation, apprentissage à ne plus répondre à un stimulus; ce phénomène est, par exemple, rencontré chez des rats soumis à un bruit violent suivi d’aucune conséquence négative (de Boer). Ainsi, le jeune répond à un très grand nombre de stimulations différentes, toutes nouvelles pour lui, puis, progressivement, il apprend à ne pas répondre aux signaux qui ne sont associés à aucun renforçateur, opérant ainsi une sélection entre signaux (Schneirla).

Dans le cas où l’animal est confronté à un stimulus perçu comme dangereux, on peut supposer qu’il intégrera l’évènement, la situation ou l’objet comme aversif ; il se met alors en place le processus inverse de l’habituation, une sensibilisation, au cours de laquelle une réponse à un stimulus déterminé peut voir sa probabilité d’apparition augmenter régulièrement avec la répétition du stimulus qui en est à l’origine; la répétition de la stimulation a pour conséquence la diminution des seuils de réponse à ces stimuli intégrés comme aversive. Ce phénomène dépend, de façon déterminante, du caractère incontrôlable de la situation anxiogène par l’animal ; Hanson et al a mis en évidence que le taux de cortisol dans le sang de singes capables de mettre fin à un bruit violent est normal ; inversement, il est élevé dans le sang de ceux qui ne peuvent pas intervenir ; il en est de même en ce qui concerne la durée d’élévation des taux de cortisol et d’adrénaline chez des rats subissant un choc électrique (Swenson et Vogel).

Nous pouvons alors supposer que, par la suite, la réponse face à l’exposition à des stimuli aversifs sera une réaction de peur, semblable à la réaction d’alerte ayant lieu avant l’habituation; la sensibilisation mettrait principalement en jeu le système noradrénergique (qui intervient dans les réactions de peur) et pourrait conduire à une modification de l’état réactionnel vers une hyperréactivité, voire le développement d’un état phobique. Dans ce dernier cas, les réactions de l’animal sont compliquées par le phénomène d’anticipation ; lors d’une exposition à une stimulation positive ou négative, l’animal mémorise de nombreux éléments contextuels précédents ou concomitants du stimulus initial ; par exemple, dans le cas d’une exposition à un stimulus négatif (comme une situation anxiogène), certains éléments du contexte déclencheur sont mémorisés et deviendront, eux-mêmes, des stimuli sensibilisants entraînant une réponse semblable à celle déclenchée par le stimulus négatif; le phénomène d’anticipation est rendu possible dès lors qu’il existe une relation prévisible entre un ou des signaux et un facteur stressant ; l’animal apprendra alors à anticiper le facteur stressant afin d’y apporter une réponse avant même qu’il ait lieu.

Source : Scott et Fuller, Schneirla, Swenson et Vogel, JF Larue, Dr Marie Fairon 2006



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