Les battements de la queue du chien


Le processus de communication implique un émetteur, un signal véhiculé par le biais d’un canal et un récepteur (Shannon et Weaver). Chez les espèces non sociales, les signaux spécifiques de communication revêtent une importance particulière, par exemple dans les comportements sexuels.

 La perspective darwinienne définit l'universalité des émotions : « Les émotions constituent des phénomènes évolués qui sont apparus en adaptation à l'environnement car ils remplissent des fonctions de survie de l'espèce ». Ekman caractérise les émotions en catégories, à travers ses expressions essentiellement faciales, une émotion de base se déclenchant rapidement et étant brève, se retrouvant chez les toutes les espèces et étant universellement identifiable. Étant associée à une physiologie propre et se déclenchant automatiquement. Lange donne les grandes étapes du déclenchement d'une émotion :
- apparition du stimulus
- réponse physiologique spécifique
- perception des changements corporels
- émotion.
Cannon a démontrer que l'induction artificielle de changements physiologiques ne permet pas seul de provoquer un état émotionnel défini et que les mêmes changements physiologiques peuvent induire indifféremment des états émotionnels ou non-émotionnels. Le corps n’est pas seulement directement réactif au stimulus, mais passe par un contrôle neuronal. Dans la perspective cognitive, l'émotion est vue comme résultant de la perception et de l'évaluation d'un stimulus externe et se traduit par des comportements expressifs.
Arnold définit le
concept comme un processus direct, immédiat, non-réflexif, non-intellectuel et automatique par lequel les événements de l'environnement sont jugés comme bons ou mauvais à partir de la perception qu'a l'être vivant.
 

Damasio pense qu'émotion et raison
sont, bien que distinctes, deux parties d'une même entité psychologique irréductible et il caractérise deux types d'émotion: les émotions primaires qui sont innées et dédiées à des fonctions de survie, et les émotions secondaires qui se forment en modulant les émotions primaires en fonction de son expérience personnelle et de ses interactions avec l’environnement.

La communication chez les animaux, sociaux ou non, permet la régulation des proximités et des distances. Elle revêt une importance particulière chez les espèces sociales dans la mesure où les interactions sont récurrentes entre les mêmes individus d’un groupe stable et permanent, permettent le traitement d’une grande quantité d’informations. Ces informations incluent notamment les signaux de communication spécifiques.

Les canaux de communications peuvent utiliser différentes voies sensori-motrices : auditive, tactile, olfactive et visuelle. Les signaux spécifiques de communication visuelle se sont mis en place au cours de l’évolution à partir de trois types fondamentaux de comportements et de réactions (Hinde) :
- Les mouvements d’intention, comportements incomplets, fournissant l’information
potentielle qu’un animal est prêt à faire une activité particulière. Par exemple, un chien prêt à
sauter plie les pattes, rentre le cou et lève la queue. Il peut effectuer ce mouvement
plusieurs fois avant de sauter, voire même ne pas sauter du tout.
- Les activités de déplacement ou activités de substitution, comportements dont l'apparition ne semble pas avoir de lien direct avec l’interaction en cours.
- Les réponses autonomes qui sont des manifestations organo-végétatives du système
nerveux autonome, comme par exemple les comportements liés aux mictions d'émotions ou la pilo-érection de poils générés par une peur.

Tous ces signaux spécifiques transmettent, au cours d’interactions, une information à un individu ou à un groupe d’individus et permettent la communication intraspécifique. Hauser  souligne que les signaux de communication sont créés à partir de « non signaux ». Tinbergen lui, regroupe ces processus de création de signaux de communication spécifiques sous le terme de processus de ritualisation. Les signaux de communication ont été ritualisés au cours de l’évolution à partir de parties mobiles du corps de l’individu, créant des configurations particulières les une par rapport aux autres.
De nombreux vertébrés supérieurs possèdent des organes et appendices dont la fonction
peut paraître évidente. La queue du chien est un de ces nombreux appendices qui endosse à travers de nombreuses espèces des fonctions supposées extrêmement variées et parfois de communication. Elle a un rôle de locomotion chez les cétacés, mais en frappant la surface de l’eau, elle sert à envoyer des messages sonores et visuels aux congénères...

En observant les canidés, Schenkel définit chez le loup 11 positions de la queue, informatives. Il considère cet organe comme le plus dynamique dans la communication et l’information visuelle. Dans une étude d’éthologie, Fox note que les signaux visuels des renards roux sont moins riches et moins complexes que ceux du coyote et du loup. Il conclut que « la complexité croissante du répertoire d’expressions chez les canidés sauvages est corrélée avec le caractère social croissant. Mech évoque la queue du loup à propos de la pilo-érection du dos qui jouerait un rôle plus important dans la communication qu’on ne pourrait le penser, et serait un indicateur de l’état émotionnel du loup, surtout en cas d’alerte et d’agression. Ainsi, lors d’une séquence agressive, elle sera portée haute et tremblante, alors que lors de l’expression d'une peur, elle est plaquée sous le corps et elle bat.

Le battement de la queue du chien qui accueille son maître et le lèche est-il le même que pour accueillir un étranger ou un congénère connu et non agressif ? Scott et Fuller observent que le battement de la queue du chien apparaît dans les situations où le chien est amical ou lors de la manifestation de comportements de soumission. Ils lui attribuent alors une fonction de communication sociale et le comparent au sourire humain.

Les partisans de la caudectomie (désigne l'écourtage ou l'ablation de la queue d 'animaux domestiques), Certains vétérinaires , affirme tout simplement  que la queue ne remplit aucune fonction réelle dans la locomotion ou la communication. Plus précisément, ils notent que la communication chez les chiens est menée principalement par l'odorat ou les expressions du visage, et à un degré moindre par les vocalisations. Holmes, stipule que la queue d'un chien n'est pas une partie essentielle (car il est bien évident que le chien peut vivre tout à fait heureux sans sa queue, à la fois physiquement et émotionnellement.

Bien qu'il soit vrai que les chiens avec la queue amputés peuvent vivre une vie pleine et heureuse, il y a  désaccord substantiel sur les besoins d'un chien de communiquer avec sa queue. Robert Wansborough note, "la queue n'est pas seulement un appendice sans importance. Il est une structure anatomique et physiologique significative qui a de nombreuses fonctions biologiques qui ne devrait pas être sous-estimée." Exemple, «la queue agit comme un contrepoids lorsque le chien est bondissant , marchant le long des structures étroites, ou l'escalade. "Wansborough note également que la queue joue un rôle important également dans la défécation, et que les muscles qui servent à remuer la queue peuvent également renforcer la zone périnéale et  prévenir les hernies périnéales.

En conséquence, la caudectomie nuit à l'interaction d'un chien avec ses congénères ou avec les humains. Par ailleurs, la queue améliore les interactions homme-chien. Il se révèle être le moyen le plus simple pour qui que se soit, du plus novice au plus expérimenter, de communication entre l'homme et le chien. Il à été également démontrer que l'absence de queue peut entraîner un chien à être la victime d'attaques par d'autres chiens en raison d'une incapacité de communiquer.

Chez le chien, ce comportement de battement de la queue est précoce : Scott & Fullerd ont observé que dès l’âge de 17 jours pour certains chiots et 30 jours pour d'autres, la moitié des chiots étudiés ont été observés en train de battre de la queue
.
Si la nature à doter le chien de cet organe de communication dès son plus jeune âge, il paraitrait évident qu'il rentre dans un ensemble de modes de communication, bien plus complexe que nous avions peut considéré jusqu'à présent.


>>> Comportement et apprentissage

> L'animal intelligence
> Chaser la border collie aux 1022 mots
> Les théories de l'apprentissage
> Collier électrique et ses effets
> Le loup plus intelligent que le chien
> Le conditionnement opérant
> Le QI du chien
> Le chien à la notion du bien et du mal
> Les battements de la queue du chien
> Le chien et la représentation mentale de son maître
> Méthode miroir
> L'imitation sélective
> Le chien agressif
> Le langage canin de l'enfant
> L'intelligence animal
> Les chiens ne peuvent pas nous aider s'ils n'y ont pas d’intérêts
> Quelles sont les limites de l'apprentissage canin ?
> Le chien sait compter
> Comment un chien peut retrouver son chemin ?
> Effet cognitif de la séparation brève de son propriétaire chez le chien
> Le chien plus intelligent que le singe
> Grâce à sa taille ou sa texture les chiens peuvent reconnaître un nom d'objet
> La musique adoucit les mœurs...des chiens
> Donnie le Doberman
> Personnalité des chiens
> Les pensées du chien sous IRM
> La résilience chez le chien
> Pourquoi le loup est sauvage et pas le chien
> La boussole interne du chien
> Loi universelle de la miction des mammifères
> Laisser son chien en pension- stressant ?
> Clôture anti-fugue pour chiens: effets sur le chien
> Les chiens ont-ils la notion de temps ?
> Les chiens peuvent prévoir les séismes ?
> Achat du chiot et conditions d'élevage
> Analyse du sourire canin
> Dressage de chiens : est-ce vraiment utile ?
> Les effets de l'activité physique sur le comportement du chien
> La récompense chez le chien ?



Dernière mise à jour

31/03/2016

- Massacre des chiens en Irak

31/03/2016

- Choisir son chien questionnaire

31/03/2016

- Chien : faut-il le vacciner contre la rage ? (2)

31/03/2016

- Plus d'empathie envers le chien qu'envers l'homme ?

31/03/2016

- Le chien et le dressage en France

X Fermer